Sfumato Memories


Né en 1988 à Lyon, l’artiste Raphael Moreira Gonçalves est diplômé du Fresnoy – Studio National des Arts Contemporains et de l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Lyon.

Sfumato Memories est une exposition virtuelle accessible en ligne, un univers tiré de son film Rouge Ultra, produit dans le cadre de sa deuxième année au Fresnoy. Ce court-métrage montre un fragment de la vie d’un jeune homme fasciné par les images morbides. Celles-ci sont pour lui comme un exutoire au souvenir de la mort de son meilleur ami, dont il fut le témoin dans son enfance.

« Ce film mêle des prises de vue réelles et des images de synthèse. J’ai voulu travailler sur l’idée d’images « factices », pour faire état de toute la virtualisation du monde que le personnage s’est imposé pour s’en protéger. J’utilise la captation vidéo 3D (Kinect) pour pouvoir insérer la modélisation de mon acteur dans un environnement en images de synthèse que je crée ou que je découpe dans le « réel » à l’aide de photogrammétries, pour jouer sur l’ambiguïté du réalisme de mes images. J’ai voulu aborder ce projet en associant la tradition du romantisme noir, et son rapport au morbide, avec la prolifération d’images ultra-violentes qui grouillent dans le Dark Web. (…)
Car il me semble qu’aujourd’hui se redéfinissent petit à petit les rapports sociaux ainsi que le sentiment d’existence à travers cet océan d’images. Comme si, en ce moment, se jouait la question du basculement vers un ailleurs virtuel qui n’est simplement qu’une superposition au monde que nous connaissons, avec ses beautés et ses profondeurs abyssales. »

Sfumato Memories nous plonge dans l’univers intérieur du personnage de Rouge Ultra, comme une prolongation du film, mais peut aussi être appréhendé de façon autonome.

Le sfumato est une technique picturale de la renaissance théorisée par Léonard De Vinci, un effet vaporeux qui donne au sujet d’une peinture des contours imprécis, transposé ici à l’environnement modélisé en 3D qui semble changer à chaque pas et pouvoir s’évanouir à tout instant.

Capture d’écran 2015-11-11 à 12.09.24

Raphael Moreira Gonçalves nous propose d’expérimenter la traversée d’un monde virtuel, vision hallucinée ponctuée de tableaux romantiques accrochés aux murs, d’abord paysages calmes et bleutés de Carl Blechen, puis de plus en plus sombres, jusqu’à l’infernal Pandemonium de John Martin. La descente étage par étage dans un bâtiment qui semble petit à petit contaminé et devenir organique, d’un rouge sanglant, n’est pas sans rappeler l’univers des jeux Silent Hill.

Une chute nous entraîne ensuite dans des limbes troubles au ciel aussi dramatique qu’un tableau de Friedrich. On pénètre dans l’écran d’un ordinateur, et cette exploration virtuelle ressemble de plus en plus à un rêve (ou cauchemar) où l’inconscient recompose des fragments de réel et de souvenirs. Jusqu’ici en vue subjective, le voyage passe alors à la troisième personne, et l’on dirige un personnage sans visage qui semble en voie de désintégration.

« Follow the river » nous indique un message. Un Styx glitché dans un canyon rose et bleu traversé en flottant, une élévation dans un ciel lumineux vers un soleil qui semble inatteignable. Et après ?

« Jouer » à Sfumato Memories ou le télécharger : http://raphaelmoreiragoncalves.com/sfumatomemories.html

 

Les tableaux visibles dans Sfumato Memories:

Carl Blechen, Landscape in winter by moonlight, 1829
Thomas Cole, Expulsion. Moon and Fireflight, 1828
Caspar David Friedrich, Seashore by moonlight, 1836
William Degouve de Nuncques, Nocturn in the Park Royal, Brussels, 1897
John Martin, Pandemonium, 1841

Le site de Raphael Moreira Gonçalveshttp://raphaelmoreiragoncalves.com/

 

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